lundi 25 septembre 2017
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François Montmaneix

François Montmaneix

Né à Lyon, le 4 juin 1938, François Montmaneix a été, pendant de nombreuses années l’un des acteurs importants de la vie culturelle lyonnaise, en dirigeant l’Auditorium Maurice Ravel, à l’intérieur duquel il créa l’Artrium, galerie d’expositions et Le Rectangle, Centre d’Art, place Bellecour. Membre fondateur du Prix Roger Kowalski, Prix de Poésie de la ville de Lyon, créé en 1984, François Montmaneix est Président de l’Académie Mallarmé.
Au fil de ses recueils, comme l'a écrit Jean-Yves Debreuille (cf. François Montmaneix, un élégiaque actif, in Les Hommes sans Epaules, n°31, 2011), François Montmaneix a cultivé des accords mélodieux chargé d’exprimer un être au monde plus rêvé que possédé, plus précieux d’être au bord de sa perte. Mais il a aussi  appris à chanter faux, exprès, parce qu’une poésie de notre temps, autant d’ailleurs qu’une peinture ou une musique, doit en exprimer les dissonances. Un élégiaque rageur n’est pas moins élégiaque, mais il fait sa part à la colère, sans quoi toute plainte n’est que résignation. Écrire n’est pas pour le poète une activité confortable : c’est, comme il l’exprime dans un texte inédit, provoquer une large fissure aggravant / la distance entre lui et lui-même.
Il est d'autre part frappant d'entendre, comme l'écrit Yves Bonnefoy (in sa préface à Laisser verdure), un "tu" constamment s'établir dans le rapport de François Montmaneix avec chaque vie, chaque chose, comme la dimension la plus naturelle de son approche de ce qui est. Ce "tu" universel, c'est bien l'indice que sa parole rencontre, et de façon même intime, ce que le parler conceptuel ne fait qu'approcher de biais, lui substituant à jamais des représentations fragmentaires. Frappant, ce tutoiement, poursuit Yves Bonnefoy, et c'est parce qu'il est constant dans Laisser verdure, mais aussi parce qu'il y est vécu sans affectation, comme inconscient de soi : ce qui signifie que l'intimité de qui parle ainsi avec le monde qui l'environne est fort grande, alors pourtant que son regard ne s'en tient pas au pommier ou à la hulotte du champ voisin mais se porte avec aisance et souvent vers les horizons les plus éloignés.
Livre après livre, sans redite ni gratuité ou complaisance, l’œuvre de François Montmaneix, intimiste mais ô combien universelle, car elle ne se replie jamais elle-même, mais ouverture sur l'autre comme sur les éléments, que sa flamme éclaire du dedans; est assurément l'une des plus importantes de notre temps; l'une des plus chères aux yeux des Hommes sans Epaules. Lorsque le vent éteint les lampes, le poème montmaneixien éclaire nos visages pour qu'ils entrent plus blancs de feu dans la nuit de l'être.

D'après Jean-Yves Debreuille (extraits)
Comment entrer en poésie dans le dernier tiers d’un siècle qui porte en son centre l’abîme de toutes les illusions. François Montmaneix est né un an avant le début de la grande tragédie, assez pour n’avoir plus le droit d’affirmer que les chants désespérés sont les chants les plus beaux, ni que la vraie vie est absente. Faire de la beauté avec le malheur est odieux, et prétendre s’évader de l’ici est lâche. Il sera donc de ceux que Jean Lescure a appelé des « poètes à hauteur d’homme ». Et c’est à Guy Chambelland qu’il ira porter ses premiers manuscrits. Éditeur généreux, indépendant de toutes les modes (le textualisme était très tendance à l’époque), il concevait la poésie comme « une recherche d’identité, de conscience », non réservée à la transcription d’« instants privilégiés de situations exceptionnelles », mais activité quotidienne.
Vivre en poésie, c’est desserrer le carcan de l’ici, échapper au petit tas d’événements dont un individu est la résultante. « JE est un mot souffrant d’une vie à l’étroit ». Depuis l’enfance, il contemple le « ciel trop vaste pour le regard » qui élargit l’univers aux dimensions de l’infini. Il regarde intensément, tandis que « l’amour du silence le [tient] en éveil », il éprouve le bonheur qu’il prête au faucon à l’instant de son piqué, dans un mouvement qui « clou[e] le vertige au sol ». La récompense du poète ne saurait être la possession, ni une félicité immobile, mais le moment où « le mouvement du monde » « vient au-devant des mots mis à l’ombre / dans les pages non coupées du grand livre ». Ce « grand livre » n’est pas encore écrit, le recueil qu’on a entre les mains le figure sans le représenter, sa présence est « l’absence inachevée/ de ce qui vient sans jamais être là ».
Écrire, c’est se déprendre de soi-même pour se mettre en mouvement dans une parole inconnue, en posant sur la page un ensemble de mots appelé « poème », « qui en sait plus que ce qu’il dit ». On pourra alors accepter sereinement sa propre disparition. Le « laisser verdure » de George Sand, c’était sans doute un dernier émerveillement, et un consentement au renouvellement qui l’incluait, et qui au fond était une forme de l’accroissement dans lequel elle avait toujours voulu s’inscrire. « Émeus-toi de ce qui te consume », dit autrement François Montmaneix.

Bibliographie

  • Saisons Profondes, La rumeur libre éditions, 2015.
  • Œuvres Poétiques Tome 1, La rumeur libre éditions, 2015.
  • Œuvres Poétiques Tome 2, La rumeur libre éditions, 2015.
  • Laisser verdure, Préface d'Yves Bonnefoy, Le Castor Astral, 2012, Prix Théophile-Gautier 2013 de l'Académie française.
  • L'Abîme horizontal, Éditions La Différence, 2008, Prix Alain Bosquet 2008.
  • Jours de nuit, Éditions Le Cherche Midi, 2005.
  • Les Rôles invisibles, Éditions Le Cherche Midi, 2002, Prix Guillaume-Apollinaire 2003.
  • Vivants, Éditions Le Cherche Midi, 1997, Prix AU.TR.ES 1997 (Auteurs, Traducteurs, Essayistes) Prix Rhône-Alpes de Littérature.
  • L'Autre versant du feu, Éditions Pierre Belfond, 1990, Prix Louise-Labé 1991.
  • Visage de l'eau, Éditions Pierre Belfond, 1985, Prix RTL/Poésie1 1987.
  • Le Livre des ruines, Éditions Pierre Belfond, 1980.
  • Le Dé, Guy Chambelland éditeur, 1974.
  • L'Ocre de l'air, Guy Chambelland éditeur, 1970.
  • L'Arbre intérieur, Guy Chambelland éditeur, 1967.