jeudi 24 août 2017
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Nikolaï Zabolotski

Nikolaï Zabolotski

Né en 1903 près de Kazan, mort à Moscou en 1958, Nikolaï Zabolotski est l’un des grands poètes russes du XXe siècle. En France, son œuvre reste à découvrir, car jusqu’à ce jour elle n’a fait l’objet que de rarissimes et très ponctuelles traductions dans des anthologies.

La première phase de l’itinéraire poétique de Zabolotski prend essor dans la deuxième moitié des années vingt, décennie d’une extraordinaire richesse dans les arts comme dans le mouvement de la société. Il règne en ces années une atmosphère où l’esprit de l’utopie prospère comme jamais, avant qu’un terme brutal y soit mis au début des années trente. Zabolotski fut à ce moment-là l’un des « derniers modernistes » avec ses amis de l’Oberiou, cette « Association pour un art réel » qu’il contribua à fonder en 1928, à côté de Daniil Harms et d’Alexandre Vvendenski.

En 1929, Zabolotski publie Colonnes, un premier livre qui suscite à la fois l’étonnement admiratif et le scandale. Il a lu tous les grands poètes des générations précédentes, mais celui dont il se sent le plus proche est à l’évidence le futurien Vélimir Khlebnikov. C’est aussi un fin lecteur de la poésie russe des XVIIIe et XIXe siècles. Enfin, c’est un poète-philosophe utopiste dont un grand poème, Le Triomphe de l’agriculture, paru en 1933 dans la revue Zvezda, sera incompris tant en Union soviétique — à de rares exceptions près — que dans les milieux de l’émigration qui se demanderont si l’auteur y glorifie le régime ou le tourne au contraire en ridicule. Zabolotski essuya les foudres de la censure et dut publiquement faire son autocritique devant l’Union des écrivains en s’excusant de s’être égaré en pleine utopie. Du coup, il garda dans ses tiroirs un autre long et merveilleux poème utopique, Le Loup toqué, ainsi queLes Arbres où se fait jour le même état d’esprit.

À mesure que l’on se rapproche des années tragiques de la Grande Terreur (1937-1938) et de leurs funestes prolongements, c’est dans des conditions de plus en plus difficiles que Zabolotski s’efforce de ne pas renoncer à sa probité de poète. Jusqu’à l’arrestation de Boukharine, il publie à plusieurs reprises des poèmes dans les Izvestia, journal le plus lu en URSS et sur lequel veille le dirigeant bolchevique. Lorsque la Grande Terreur se déclenche et fait rage (1937-1938), Zabolotski est l’une de ses innombrables victimes. Arrêté en 1938, il passera cinq ans dans l’extrême orient sibérien, puis à Karaganda (Kazakhstan), avant d’être libéré et réintégré au sein de l’Union des écrivains en 1946.

Une autre phase de son œuvre commencera alors, assez discrètement d’abord, puis de manière plus affirmée et soutenue après le XXe Congrès du PCUS en 1956. Mais il ne lui reste alors que deux années à vivre, puisqu’il décède d’une crise cardiaque en 1958. C’est également au début du dégel qu’il écrit un extraordinaire témoignage sur son arrestation et sa déportation en Sibérie. Dans cette dernière période de sa vie, sa poésie semble avoir laissé loin derrière elle les couleurs stylistiques de ses débuts, en une sorte de retour apparent à un certain classicisme. Cette impression mérite toutefois d’être nuancée, car on relève aussi des continuités très fortes dans l’œuvre de Zabolotski. Il n’en reste pas moins que la poésie de sa dernière période — profondément admirée par Joseph Brodsky — se distingue par une grande profondeur de sensation, de sentiment et de pensée. Au demeurant, Zabolotski envisageait son œuvre — le meilleur de son œuvre — dans son unité. C’est sans doute dans le lien organique et complexe qui se fait jour entre la diversité et l’unité du parcours que réside en partie la grandeur poétique et humaine de cette œuvre, si l’on veut bien ne pas dissocier ces deux plans.