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Histoire du creux et du plein (Julie Villeneuve)

Julie Villeneuve

Histoire du creux et du plein

EditeurLa rumeur libre

CollectionPlupart du temps

Date de parution07/2014

ISBN/code barre978-2-35577-081-4

Format (mm)135 x 204

ReliureCahiers cousus, couverture avec rabats

Nombre de pages64

Poids93 g

Prix 13,00 €
Feuilleter

(extrait)

Je rêve que je n’ai plus faim. Je rêve d’un vide
qui ne soit pas rempli.
Mon cœur rêve des autres, des autres, des
autres et encore des autres. Alors je m’assois sur
un banc, dans un train ou dans un parc et, toujours
à proximité d’un autre, j’enclenche la machine.
La machine de la parole de l’autre. Et je le laisse
parler et je m’enivre de ses mots, de sa colère, de
son histoire et je le laisse parler encore, encore et je
respire enfin et je me remplis. Je me remplis de ses
mots et mon petit corps se gonfle et devient grand.
Il peut tout contenir, il peut contenir le monde.

À  T Â T O N S

Je ne sais jamais dans quelle direction je vais me faire
emporter. La sensation que ce n’est pas moi qui décide parce
que je suis trop ou trop peu de choses. Tout et rien à la
fois. Un espace ouvert vers dehors, une fenêtre qui n’a ni
vitre ni volet, avec des rideaux minces, usés, aux couleurs
changeantes que je m’épuise à fermer pour me protéger des
intempéries. Le vent passe à travers, la pluie aussi. La nuit
remplit de sa noirceur les courbes intérieures que les rayons
du soleil avaient permis à mon regard de percevoir. Une
grande maison vide aux murs épais qui ne bougent pas. Une
maison faite de cagibis où il fait froid et peur.
D’immenses pièces qui n’ont comme contenance que
mon immense labyrinthe.
On se perd dans ma maison. J’ai essayé de barricader
les fenêtres et les portes qui ne tiennent pas aux murs. Il y a
des espaces fermés aussi, que je pénètre parfois avec effroi.
Ces chambres inconnues ont aussi leurs fenêtres qui laissent
pénétrer le souffle du dehors. C’est par ces fenêtres qu’enfant,
je regardais vivre les autres sans trop savoir si c’était eux ou
moi qui agissait, eux ou moi qui pensait. Tout est possible
en ce monde. Tout est là et moi qu’est-ce que je fais ?
Une luciole allumée pour ne pas perdre les contours.
Malgré tout, ignorer si l’objet est vraiment là, si ce qui a été,
a vraiment été fait. Ne pas s’enlever de la tête que ça aurait
pu prendre une autre forme, être autrement. Et si je faisais
ça ou ça pour voir ? Qu’est-ce qui arriverait ?
Rouvrir le rideau, regarder dehors.
Avec les yeux j’entends.