mardi 17 juillet 2018
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L’éveil du corps

Alain Helissen

Revue Diérèse, n°57, été 2012

(à propos de Une montagne d’enfance)

C’est à Cesare Pavese que Sylvie Brès a emprunté ce titre « Une montagne d’enfance ». On ne quitte jamais l’enfance. Peut-être, en vieillissant, a-t-on plus que jamais besoin d’y revenir pour témoigner de ce qu’elle fut, avec sans doute une émotion prégnante. « Il fut un temps où la vie était une gousse pleine à craquer. » Ce sont d’abord les mots de l’enfance qu’évoque Sylvie Brès, ces mots paillards, endiablés, exubérants, dévissés, désaxés, détroussés, détournés, valsants, puisés sans retenue dans des « réserves pleines », malgré « le silence de la mère et les colères du père. » « Mille sentes où se perdre dans la forêt de mots. » La poésie vient magnifiquement reconstituer cette ivresse juvénile ponctuée, toutes les deux pages environ, de quelques vers en italiques prenant forme de litanie métaphorique : « comme ça l’enfance… » Puis vinrent les premiers émois. Dans sa campagne Sylvie Brès marque ses territoires, y associe les rites de l’enfance. Hannetons, escargots, larves de coccinelles, grenouilles, papillons, petits cailloux font l’objet de collections, d’appropriations, d’expérimentations avides. Et puis il y a les odeurs, le foin, les bœufs, l’effeuillage des coquelicots transformés en danseuses… « C’était juste quand mon corps faisait corps avec le paysage. » Sylvie Brès restitue à merveille cette sensualité marquant l’éveil du corps, « la première maison de l’enfance ». Peu d’éléments biographiques − si ce n’est la perte d’un frère − viennent étayer « une montagne d’enfance ». Il s’agit davantage d’offrir en partage des sensations vécues, comme un appel à retrouver les nôtres. Les derniers vers ternissent la joie et l’extase qui habitent ce retour en enfance : « Et puis la langue s’est mordue − et puis il a fallu la tenir − (…) Elle s’est faite langue morte / et glaciaire… »

Alain Helissen