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Les routes prémonitoires (Carine Fernandez)

Fernandez Carine

Les routes prémonitoires

EditeurLa passe du vent

CollectionNouvelle collection Poésie

Date de parution06/2018

ISBN/code barre978-2-84562-320-0

Format (mm)140 x 220

ReliureCahier thermo-collé

Nombre de pages88

Poids131 g

Prix 10,00 €
Feuilleter

Dans cette collection, tous les recueils ont la particularité d’être suivis d’un entretien en fin d’ouvrage entre l’auteur(e) et Thierry Renard, responsable littéraire des Éditions La passe du vent. 

POÈME :

Voleurs de nuit

Coulant des tombereaux

Des grappes lourdes d’hommes

Dévoient les cités noires

Le crieur de journaux

Passe frôlant les femmes

Les pince en tapinois

Et s’enfuit dans le soir

Comme ça pue la vie !

Le nez à l’agonie

Respirer quelque part

Un souffle qui efface

Les miasmes des trottoirs 

Je vais le nez museur

Le cœur à la surface

Gémir contre les sourds

L’ENTRETIEN (extrait) :

Thierry Renard — Ma chère Carine, c’est tout d’abord votre titre, Les routes prémonitoires, qui a retenu toute mon attention, qui m’a littéralement (et, peut-être, dans tous les sens…) interpellé. Oui, j’aime beaucoup ce titre-là. Il me fait penser, d’emblée, au surréalisme, mouvement auquel je reste très attaché, et à André Breton en particulier, aux puissances de l’esprit du Merveilleux. Vous retrouvez-vous dans mes propos, surréalisme et Merveilleux confondus ? Comment tout ça s’est-il inventé, voire articulé ?

Carine Fernandez — Je suis contente que vous évoquiez le surréalisme, qui est pour moi, non seulement un mouvement littéraire, mais un mode d’être au monde. Le surréalisme, ce qui fait décoller le réel, qui se place juste au-dessus, en prise avec le réel mais qui l’enchante littéralement. Le mot « Merveilleux » est un des plus beaux mots de la langue française. Il vient de « mirabilia », c’est ce qui est digne d’être regardé, ce mot porte l’aura miraculeuse des images enfantines, celles des contes de fée et des premiers ravissements. C’est toujours mon regard sur la vie, tout me fascine et devient source d’enchantement, la merveille est au détour de la rue. Chaque seconde de vie est un miracle. La prémonition – savoir à l’avance ce qui va arriver mais d’une manière diffuse – a pour moi partie liée avec l’écriture et notamment avec la poésie. Un écrivain porte en lui son œuvre avant de l’écrire, comme l’araignée porte dans son abdomen la toile. Il en a une conscience diffuse, il la devine, elle l’accompagne, comme un esprit familier, un fantôme. La prémonition renvoie aussi au « fatum » ou encore au « maktub » arabe. Sans croire que tout soit écrit à l’avance dans le grand livre de l’univers,  comme le capitaine de Jacques le fataliste, chaque être porte en lui, inscrit à la manière d’un patrimoine génétique, le spectre de ses « éventualités ». Elles sont multiples. C’est ce que dit Rimbaud, dans Une Saison en enfer : « À chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues. »

Thierry Renard — Carine, vous êtes surtout connue pour vos romans, vos récits de fiction, pour certains parus à l’enseigne des éditions Actes Sud, La saison rouge, La servante abyssineLa comédie du Caire… Vous avez également écrit puis publié, en 2014, dans la collection Plein feu des éditions Jean-Claude Lattès, une assez brève narration fortement engagée, contre le repli identitaire et le racisme, Identités barbares – là encore, quel titre ! Du coup, cela entraîne de ma part plusieurs questions…

     En premier lieu, êtes-vous ce que l’on peut appeler, justement, une auteure « engagée », sensible à l’actualité de votre époque (je pense notamment à nos « frères migrants ») ? Et, encore, quel est votre genre de prédilection ? À quel moment naît, selon vous, dans votre propre travail d’écriture, le poème ?

Carine Fernandez — Je suis engagée dans ma vie et mon écriture est ma respiration. Je dirais que l’auteur fonctionne en quelque sorte comme une plaque révélatrice du monde. Il ne s’agit pas de faire de l’art pour l’art, l’art n’est pas désincarné, il est fait de notre chair, de notre psyché. Il témoigne de notre regard sur le monde, le réel et l’imaginaire. L’imaginaire étant ce que nous ajoutons à un monde qui nous est extérieur pour en faire notre monde. Par conséquent (et vivent les paradoxes !) rien de plus « réel» que l’imaginaire !

     Longtemps expatriée au Moyen-Orient, ce n’est pas que la merveille que j’y ai trouvée, j’y ai aussi découvert des démons ! Comment ne pas s’indigner devant les souffrances, les discriminations, les injustices ? Je crois que tous mes romans, à travers la peinture des sociétés dans lesquelles j’ai vécu, ont exprimé une critique politique et sociale. Ils  abordent des questions brûlantes dans les pays arabes telles que l’émancipation de la femme, les libertés individuelles, le dogmatisme et l’intolérance religieuse, la violence politique et aussi la violence du système social, comme dans La servante abyssine qui révèle la condition des domestiques en Arabie, encore proche de l’esclavage. […]